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Le Web 2.0 dans l'enseignement des langues? PDF Imprimer E-mail
Écrit par Giedo Custers   
Mercredi, 05 Janvier 2011 11:22

Cet article a été publié dans Interculturel, revue de l'Alliance Française de Lecce, n° 14, 2010.

Giedo Custers

Résumé

Après l'Internet statique – le web 1.0 – l'Internet social ou le web 2.0 est en train de s'installer dans la pratique des internautes et par conséquent, il sera présent dans l'enseignement. On peut être certain: si ce n'est pas le professeur qui l'introduit, ce sera l'apprenant. Les enseignants ont tout intérêt à l'intégrer dans leurs pratiques de classe: les avantages et opportunités offerts par ces outils dépassent parfois la fiction. Les frontières entre professeurs et apprenant sont en train de disparaître et tous se trouvent dans la situation d'apprenant permanent. L'apprentissage tout au long de la vie, Life long learning, en réalité.

Mots-clé

TICe, Internet, logiciels sociaux, web 2.0

1         Du Web au Web 2.0

Dans les formations que j'anime actuellement et pendant les cours de FLE que j'assurais auparavant, il y a une question qui me préoccupe toujours: "Est-ce que ma façon d’enseigner actuelle et mon mode de fonctionnement dans la classe sont les plus favorables à l'atteinte des buts finaux et des objectifs pour mes élèves et étudiants? … et si oui, pourquoi agir autrement et changer mes habitudes?"

Cette attitude est-elle conservatrice? Plutôt prudente. Car je constate que très vite, l'ordinateur a fait son entrée dans ma classe de français langue étrangère. Les TICe – technologies d'information et de communication en éducation/enseignement – faisaient et font partie de la panoplie d'instruments d'enseignement. Les TICe, avec l'accent sur le C comme communication. Déjà dans les années 1977, même avant l'invention de l'Internet, mes élèves étaient en train de communiquer par le biais de l'ordinateur en se connectant sur un serveur misimix installé à Paris et sur lequel on se connectait à partir de la Belgique en se servant d'une ligne téléphonique.

Si maintenant parfois on a tendance à faire de l’ironie sur le sigle WWW en le traduisant "World Wide Waiting" [attendre à travers le monde entier], dans ces temps préhistoriques de l'ère informatique, ce n'était heureusement pas la vitesse qui comptait, mais le contenu. On avait les moyens d'envoyer des messages en français qui n'est pas notre langue maternelle et d'être sûr de la lecture de ces messages par nos partenaires, eux aussi non francophones, qui s'étaient engagés à y répondre.

Puis, à petits pas, Internet est arrivé. Pas seulement cette bibliothèque immense où on peut trouver sur n'importe quel sujet et dans n'importe quelle langue, des informations sérieuses, valides, pertinentes et impertinentes. Mais surtout cet Internet qui permettait aux utilisateurs de se mettre en contact avec le monde entier dans toute sa diversité et complexité. Ce rapport a bouleversé le professeur: exit la personne omni savante qui se trouvait devant la classe, entrée du manageur des processus d'apprentissage. Et de ce choc naquit une symbiose – jamais vue auparavant – entre le professeur et ses apprenants.

Le choc a été violent et laisse des traces. Pas tous les professeurs n’en sont convaincus. Récemment, Natacha Polony écrit dans Le Figaro:

Casser le supposé «rapport frontal» entre professeurs et élèves, rendre l'élève «acteur de sa formation», et le professeur simple «metteur en scène» des savoirs : autant de fantasmes nourris par les adeptes de l'ordinateur à l'école. Reste bien sûr à démontrer que ces dispositifs améliorent réellement le niveau des élèves. Ce qui n'est pour l'heure pas le cas."[1]

Un article qui ne pouvait pas rester sans réponse. Loin de la polémique dans ledit journal, le café pédagogique y a consacré un dossier de la rentrée intitulé "Quelle place pour les TICe à l'école" et dans lequel on peut lire:

Pourquoi ces usages limités ? Ce que nous apprend l'expérience des Landes ce sont les facteurs de résistance aux TICe en France. Quand on demande aux enseignants des Landes pourquoi ils utilisent peu ou jamais l'informatique, les arguments avancés mettent tous en question la forme pédagogique. On a peur de perdre du temps, de perturber le cours. On ne voit pas l'intérêt pédagogique de l'utilisation de l'ordinateur ou d'Internet. Ce que nous confirme l'exemple des Landes, c'est que c'est parce que l'ordinateur et Internet ne sont pas perçus comme réellement indispensables à sa discipline qu'ils ont du mal à trouver place. La culture numérique paraît perturbante et saugrenue dans l'univers scolaire.

Pourtant bien des études ont conclu à l'efficacité des TICE. Ainsi, récemment, une étude européenne qui souligne le fait que les TICe motivent les élèves et encouragent l'autonomie et la collaboration. Récemment aussi, une étude du Becta qui souligne le fait que les TICe permettent d'aller plus vite et encouragent les enseignants à collaborer. Une autre étude, réalisée par Stephen Machin, Sandra Mc Nally et Olmo Silva pour le Forschungsinstitute zur Zukunft des Arbeit (IZA) en 2006, va dans le même sens. "Nous avons la preuve d'un impact positif de l'investissement en TIC sur les performances scolaires dans l'enseignement primaire" écrivent les auteurs qui ont croisé les investissements faits dans les TIC avec les résultats aux tests KS2, passés par les enfants en fin de primaire. [2]

Le web classique – statique – causait déjà d'innombrables discussions, l'évolution ne s'arrête pas là. Le livre clé de cette nouvelle étape est certainement “The wisdom of Crowds” de James Surowiecki, publié en 2004 et traduit en français sous le titre "La Sagesse des foules" en 2008. Ce livre est une étude à propos de l'agrégation de l'information dans les groupes, aboutissant en décisions qui, selon l'auteur, sont souvent meilleures que celles d'individus isolés du groupe. La didactisation de cette publication, c'est-à-dire la description de ses implications pratiques dans la réalité de l'enseignement a été initiée dans la publication “Coming of Age, an introduction to the new world wide web” sous la rédaction de Terry Freedman.

Il devient de plus en plus pertinent de postuler que l'enseignement est un acte social: on apprend ensemble, apprendre et enseigner sont des activités collectives. Par conséquent les logiciels sociaux ont et auront leur place dans notre enseignement.

2         Le Web 2.0

Les logiciels et sites sociaux forment le cœur battant de cette évolution du web qui passe d'une collection de pages plus ou moins statiques avec aucune ou peu d'interactivité à une plate-forme d'applications web. Les outils qui sont issus de cette interactivité sont multiples: des blogues, des wiki, des plates-formes de partage de photos, documents, vidéos et présentations. On ne peut rien s'imaginer sans trouver un site web 2.0 qui peut répondre à la question.

Il n'est pas encore défini si cette évolution du web est le miroir de l'évolution de la société, ou vice-versa: c'est l'histoire de l'œuf et de la poule.  Ce qui est essentiel, c'est que l'enseignement doit se connecter aux développements du monde réel. Suivre le web 2.0, en juger les possibilités pour la classe, travailler pour exploiter les avantages de ce web 2.0 pour l'enseignement et assurer la traduction pédagogique des outils: voilà le travail des professionnels de l'enseignement. A noter que les professionnels, ce ne sont pas seulement les didacticiens, pédagogues ou formateurs dans les centres de formation: dans la logique 2.0, ce sont eux avec – à base d'égalité – les professeurs de classe et leurs élèves.

L'esprit du partage est certainement la spécificité du web 2.0. Internet est devenu non seulement un lieu de partage, d'action et de réaction, mais aussi un lieu où l'on apprend. On apprend par les documents qui s'y trouvent, mais surtout par l'interaction: on ne se limite pas à lire, regarder, écouter, donc à consommer mais on entre en interaction en réagissant, en publiant. De cette interaction et réflexion naît une vraie connaissance: une connaissance qui a comme base tout ce que nous savons déjà et qui s'enrichit en permanence.

Si cet enrichissement se vérifie pour tout enseignement, cela est encore plus sensible pour l'enseignement des langues. Les interlocuteurs natifs disposent de leur langue, mais n'ont leur langue qu'en partage. Chacun a droit à sa vérité et à ses erreurs. Corriger la langue, améliorer la langue de quelqu'un n'est pas un travail réservé uniquement aux professeurs de langues: chacun a le droit – l'obligation? – d'être ambassadeur de sa langue et de faire profiter les autres de ces expériences.

Or, loin de vouloir donner à chaque phrase prononcée ou écrite sur la toile par un locuteur natif le statut d'acte de langue authentique et officielle, je veux montrer la facilité actuelle d’accès à des textes spontanés et authentiques. La langue enseignée doit être correcte. Sans aucun doute! Il nous faut de bons profs, bien préparés, bien formés: des personnes de référence qui ont à leur disposition tous les moyens possibles de formation et d'autoformation. Toute source, dont le web.

Dans son blogue, Alexis Mons définit le web 2.0 comme ".. la promesse d’une concrétisation des TIC appliquées à l’éducation que le web 1.0 n’a pas réalisée."[3]  L'apparition récente de la terminologie "éducation 2.0", nous met en garde pour ne pas répéter les erreurs de la transition du web au web 2.0: il faut se centrer sur l'usager et non sur l'institution, sinon le premier "n'y trouve pas son intérêt".

3         Partager

S'il y a un seul qualificatif pour le web 2.0, alors, c'est le partage. Autrement dit, c'est la disparition de tout jardin secret, de tout petit laboratoire privé. On n'est plus en train de réinventer l'eau chaude ni la roue dans son petit bureau privé. Prenons l'exemple d'un professeur de FLE en train de préparer une séance de cours. Il se pose des questions: il partage ces questions et reçoit des réponses qu'il partage encore et au bout de ce processus, la préparation est prête. Le grand avantage? Comme le travail est vérifié par plusieurs collègues, le produit final a gagné en qualité.

Afin de permettre ce partage, les logiciels évoluent. On peut parler d'une certaine 'webisation', la migration d'un logiciel ou d'une application informatique vers une solution de type web. L'évolution est plus évidente dans le domaine de la bureautique. Au lieu d'utiliser un logiciel de traitement de texte sur son propre ordinateur et de stocker le texte sur son disque dur, on a tendance à utiliser un traitement de texte en ligne et un espace de stockage en ligne. Autrement dit, au lieu d'utiliser Microsoft Word ou Open Office Writer on va composer son texte dans Google Docs ou Zoho. L'avantage n'est pas seulement qu'on peut continuer son travail dès qu'on a accès à n'importe quel ordinateur connecté sur Internet et qu'on ne peut jamais perdre son travail à cause d'un crash de disque dur mais surtout le fait de pouvoir donner accès au texte-en-train-de-composition à tous ceux avec qui on veut collaborer sur ce texte. Cet accès se fait en lecture seule ou en mode édition, ce qui permet aux invités de créer du contenu dans le document qui appartient à l'auteur qui les a invités à y travailler. Dans ce contexte, il est intéressant de savoir que la prochaine version de la suite bureautique de Microsoft sera probablement un application web. Penser que Microsoft se conjugue avec le Web 2.0 est encore comme jurer dans l'église, mais nul ne connaît vraiment le futur.

Cet esprit de partage va loin, dans le sens qu'une autre caractéristique de ce web 2.0 est qu'il est toujours en bêta, ce qui veut dire qu'aucune application n’est terminée. L'utilisateur détermine ce qu'il veut voir, détermine l'interface et détermine le fonctionnement. Le programmeur est toujours ouvert aux suggestions de l'internaute qui va faire évoluer le produit avec lequel il travaille.

4         Pour le prof?

On ne peut aimer que ce que l'on connaît. Première tâche pour le professeur donc: s'informer sur ce qui existe. Alors, comme source d'information, pourquoi ne pas prendre ses élèves? C'est eux les utilisateurs natifs de l'informatique. Et puis, il y a de bons sites pour s'informer. Déjà le "dico illustré du Web 2.0"[4] est un excellent point de départ. Après avoir parcouru ces 10 pages, on a une bonne idée de ce qui est sur le marché.

Après, il faut mettre la main à la pâte. Partager ses liens et ses favoris me semble un bon début. Un site comme delicious.com est l'outil de référence. Cette application permet d'enregistrer ses favoris sur le web offrant ainsi la possibilité de les avoir toujours au bout des doigts. Le fait de pouvoir partager ses liens avec d'autres internautes est un plus énorme permettant de vous faire gagner beaucoup de temps. En s'abonnant aux favoris d'un collègue qui a le même domaine de travail que le sien, on peut immédiatement profiter des trouvailles réciproques et il devient facile de créer un petit réseau sur un centre d'intérêt commun.

Facebook est probablement l'application la plus connue dans le domaine de la création de réseaux sociaux. Les pour et les contre de Facebook étant décrits dans des milliers de pages web, souvent des blogues donc des pages web 2.0, on se rend immédiatement compte que le sujet touche beaucoup d'Internautes. S'il est vrai qu'il faut être vigilant au sujet de la protection de sa vie privée, il est aussi vrai que les réseaux sociaux bien utilisés offrent de multiples occasions de collaboration.

Youtube n'est pas un étranger inconnu. Les films partagés sont même utilisés dans les sites de journaux dits sérieux et dans les journaux télévisés. Pour l'utilisation en classe, il existe 'teacher tube', application tout à fait identique à Youtube, mais réservée aux professeurs et leurs classes.

Tout blogue est une application web 2.0. Sur l'utilisation de blogues dans l'enseignement de langues, il existe un dossier élaboré dans le site de francparler[5].  Ce dossier donne des  conseils dans la création d'un blogue et présente les hébergeurs spécialisés. Puis, on explique ce que c'est qu'un blogue: ses caractéristiques techniques et le vocabulaire associé. Après, le lecteur y trouve un panorama des applications possibles pour l'enseignant, pour la classe, pour l'apprenant et pour l'évaluation. Enfin, il y a une webographie permettant de prolonger ses recherches. On termine par quelques témoignages.

Apprendre 2.0 et Enseigner 2.0 sont des termes qu'on entend de plus en plus. On voit que de plus en plus, l’accent de l'enseignement est mis sur l’apprenant qui va construire ses connaissances en interagissant avec d’autres dans un environnement préparé pour lui. C'est ce qui explique l'utilisation croissante de plates-formes d'apprentissage dont edu20[6] est un exemple excellent dans l'esprit du partage. Bien que moins puissant que son collègue payant – Blackboard – et plus simple que Claroline ou Moodle, il offre aux professeurs et écoles, et surtout aux apprenants, toute fonctionnalité utile pour gérer son apprentissage.

La création d'un site web ne nécessite plus de connaissance en informatique. Les outils comme WordPress, Joomla ou Spip permettent de créer des sites d'une bonne qualité qui ont comme point fort la possibilité de permettre au visiteur de participer à la création du contenu du site. Ce sont donc des outils incontournables pour faire vivre le travail de classe sur Internet.

Le site go2web20[7] donne la description de plus de 3200 applications web 2.0 dans tous les domaines. Il suffit de choisir son centre d'intérêt pour trouver des tonnes d'applications utiles. Dans le domaine de l'e-learning par exemple, on trouve 117 sites utiles. A première vue, beaucoup de ces sites sont en anglais, mais, là aussi, le jeu du 2.0 joue: il suffit de demander une traduction et un groupe de traducteurs bénévoles se mettent à travailler …

5         En guise de conclusion

Les outils web 2.0 vont entrer dans les classes s'ils n'y sont pas encore. Soit le professeur les introduit, soit les élèves vont les utiliser. Les enseignants ont tout intérêt à intégrer dans leurs pratiques de classe ces nouveaux outils de collaboration et de partage: les avantages et opportunités offerts par ces outils dépassent parfois la fiction et l'évolution n'est qu'au début.

Il vaut mieux être préparé et simultanément voir les opportunités de ces nouveaux outils pour sa propre évolution personnelle et professionnelle, car s'il y a un constat à faire, c'est que la frontière entre être professeur et être en formation est très fine: on vit une période où les slogans d'apprentissage tout au long de la vie sont en train de se réaliser.

Grâce aussi aux outils Web 2.0!

Ces outils existent, ils exigent en même temps de se mettre à partager. Il est sûr et certain que des centaines de collègues ont déjà de très bonnes expériences avec le web 2.0 et que beaucoup d'autres ont déjà de bonnes idées mais hésitent à franchir le seuil. L'esprit de partage qui est aussi l'esprit de la collaboration poussera les uns à bloguer, à publier dans leur réseau social, à faire part de leurs vécus et les autres à trouver ces infos utiles pour les mettre en pratique.

Aussi grâce aux outils Web 2.0!

Bibliographie

Cardon, D. (Ed) (2009). Web 2.0, Réseaux volume 27 – 154/2009. Paris: La Découverte

Freedman, F. (2006 - 2008). Coming of Age: An Introduction to the NEW Worldwide Web,Internet: http://www.terry-freedman.org.uk/db/web2/

Machin, S., McNally, S., Olmo, S. (2006). New Technology in Schools: Is There a Payoff?, Bonn: Discussion Paper No. 2234 - IZA.

Surowiecki, J. (2004). Wisdom of crowds : why the many are smarter than the few and how collective wisdom shapes business, economies, societies, and nations., Ontario: Doubleday

Surowiecki, J. (2008). La sagesse des foules, Paris: éditions Jean-Claude Lattès



[1] Natacha Polony «Cartable numérique» ou «e-éducation» affichent des résultats médiocres 27/08/2009 http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/08/28/01016-20090828ARTFIG00010-cartable-numerique-ou-e-educationaffichent-des-resultats-mediocres-.php

[2] http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2009/09/03092009Accueil.aspx

[3] http://www.groupereflect.net/blog/archives/2006/09/enseignement_20_1.html

Mis à jour ( Mercredi, 28 Septembre 2011 18:30 )
 
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